
Quatre heures de bus nous sont nécessaires pour rallier
Sucre. La ville se présente bien bourgeoise à l'image
de quelques villes méditerrannéennes bien connues.
L'ensemble des vestiges coloniaux blanchis à la chaux ont
fait de Sucre une place de prédilection. Son climat doux
et tempéré a contribué à son essor et
à l'élever au rang de seconde capitale. En effet,
si La Paz est la capitale politique, elle détient les pouvoirs
constitutionnels.
Si le monde est petit, la Bolivie l'est davantage. Et finalement, à en considérer les quelques routes que le pays offre, il est légitime que nous rencontrions à nouveau quelques voyageurs, que des amitiés se créent.
Deux français, rencontrés à la Casa de la Moneda à Potosi, puis à notre hôtel, et enfin dans une banque nous proposent de se joindre à eux dès demain pour participer à un trek de trois jours dans la Cordillera de la Frailes. Il nous aura fallu trois bonnes heures pour accepter cette proposition. Quelques raisons ont freiné notre décision : la difficulté de marcher sur un sol désertique avec des sacs d'un poids conséquent, l'impossibilité, compte tenu du temps qui nous est imparti, de pouvoir visiter la ville de Sorata, et, particulièrement la rapidité nécessaire dans notre prise de décision.
Celà fait trois jours que nous sommes partis. La Cordillera
de los Frailes a celà de fantastique qu'elle est peu empruntée.
Les villages et les décors montagneux n'ont en rien subis
les préjudices d'un tourisme de masse. La sensation de découverte
s'en trouve amplifiée.
Un atout certain de cette cordillère, c'est qu'elle change de visage à chaque pas que nous faisons.
Les nombreux séismes et érosions que cette chaîne a pu subir pendant des millions d'années contribuent fortement au caractère pittoresque du site. Des plaques complètes se sont soulevées (ou écroulées) laissant apparaître différentes couches de sédiments et de minéraux. Il résulte de cette lente évolution un jeu de couleurs saisissant.
On ne s'attendait certainement pas à trouver de tels décors dans ce coin là. Et finalement, si nous nous sommes décidés à faire ce trek, c'est surtout grâce à l'enthousiasme transmis par un couple de français, Isabelle et Jean-Michel, et, au bénéfice d'un guide parlant le français, Carmelo. On ne peut aujourd'hui que les remercier.
La présence d'un guide semble par ailleurs indispensable,
tant pour la multitude des chemins, pour le peu de villages existants
que pour l'absence d'hospitalité systématique de ces
derniers. En effet, la plupart des villageois se posent des questions
sur la raison de notre présence et c'est donc avec une certaine
animosité que certains nous reçoivent. La présence
d'un guide parlant leur langue (le quechua) suffit à les
rassurer.
Dans ces conditions, lorsque nous croisons un couple d'italiens arpentant seuls les chemins, mal équipés et ne tenant pas compte des recommandations de notre guide, nous craignons pour leur "survie". Les villages n'ont en effet aucun commerce, ne détiennent pas d'eau potable et ne proposent pas de nourriture.
Quant à nous, pourvus de tout le confort nécessaire, nos trois jours de treks se sont déroulés pour le mieux.
Premier jour.
De Sucre nous prenons le bus jusqu'à Chataquila. Deux heures
de marche. Arrivés à Pataloyo. Ce site a été
découvert il y a une quinzaine d'années. Il présente
des peintures rupestres vieilles de 2000 ans. Trois heures de marche.
Arrivés à Chaunaca. Nous nous y allégeons de
notre second repas.

Second jour.
De Chaunaca, trois heures et demi de marche, le tout en montant. Arrivés
au cratère de Macaragua et au village du même nom. On
y trouve pain et tissu traditionnel de la communauté Jalq'a.
Trois heures et demi de marche (la moitié montant fortement).
Arrivés à Ninu Mayu. Ce site détient un nombre
conséquent d'empruntes de dinosaures. Nous en visitons une
partie. La journée se conclue donc par trois repas de moins.


Troisième jour.
Sacs ultra-légers. Nous marchons deux heures. Arrivés
à Chullpas, village pour le moins inhospitalier. Deux heures
de marche jusqu'à Potolo. Achats possibles de tissus. Retour
à Sucre en 4x4 en deux heures et demi. Quel bonheur de prendre
une douche!


De ces trois derniers jours, on retiendra incontestablement la
timidité des "campesinos", timidité mêlée
à de la curiosité. A notre arrivée dans un
lieu, et bien que présentant une volonté certaine
de nous vendre quelques produits locaux, ils nous approchent qu'à
notre approbation. Les produits qu'ils proposent, s'ils ne sont
pas toujours interessants, ils nous emballent toujours autant. Car
ce n'est pas le produit en tant que tel que nous achetons mais bel
et bien leur bonheur, pour notre plus grande joie.
Le plus amusant, lorsqu'un paysan dans toute sa splendeur, coiffé et paré de ses vêtements traditionnels s'approche de notre habitation et nous observe, notre guide s'empresse d'excuser sa curiosité. Comme si nous, nous n'étions pas curieux! Nous adorerions partager cette culture.


Une autre remarque. Il est excessivement difficile de prendre en photo un quelconque membre d'une communauté. S'il est parfaitement incorrect de voler un instantanné, toute demande en bonne et dûe forme se solde quasi-systématiquement par un refus. Quelle déception!


De retour, ce quotidien citadin nous semble bien fade. Est-ce lié au développement des villes boliviennes? Au manque d'activité de ces dernières? A la facilité déconcertante de voyager dans ces lieux? A notre perpétuelle envie de mobilité?
Cet après-midi, nous visitons le musée du textile. Fort interessant, le musée présente l'ensemble des différentes communautés de la région. Il ne se contente pas de présenter les divers tissus créés par ces dernières mais d'en expliquer (en français, s'il vous plait) les significations à travers les différents siècles.


Ce matin, nous renonçons à notre hyper-activité.
Tout du moins, nous réalisons que nous devons y renoncer.
Nous passons ce début de journée, le plus calmement
possible, dans les différentes rues de la cité.
Dans la soirée, nous prenons le bus pour La Paz, en classe "cama". Les bus chiliens se voient dépassés. Ce soir, nous voyageons dans un lit, un vrai lit!