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Un peu d'histoire

Avant la création du monde, il y avait, raconte une histoire philippine, que le ciel et la mer, et qu’une seule créature vivante, un oiseau. Las de voler au-dessus des flots sans jamais pouvoir se poser, il eut un jour l’idée de déclencher une violente querelle entre le ciel et la terre. Au cours du terrible tumulte qui s’ensuivit, des terres émergèrent de l’eau et l’oiseau put enfin se poser. Ainsi naquirent les Philippines : 7707 îles, îlots, récifs et bancs de sable - 11 d’entre elles représentent 98% de la superficie totale (300 000 km²) - parmi lesquelles 2773 ont un nom et une centaine sont habitées.

L’histoire préhispanique.

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On a longtemps pensé que les Négritos, dont une population subsiste encore aux Philippines ainsi qu’en Indonésie, furent les premiers habitants des Philippines. Originaires du sud-est de l’Asie, ils auraient atteint l’archipel en franchissant des pont de glace au cours de la dernière période glacière. Toutefois, les découvertes archéologiques des dernières décennies mettent en évidence la présence d’un groupe antérieure aux Négritos.Des fouilles effectuées dans la vallée de la Cagayan ont mise au jour les restes fossilisés d’animaux accompagnés d’outils. Il existait donc une espèce humaine, peut-être aussi ancienne que l’homme de Pékin et l’homme de Java, bien avant l’arrivée des Négritos ; mais à ce jour, aucun ossement humain n’y a été exhumé. Les plus anciens restes humains connus sont ceux de l’homme de Tabon (environ 22 000 ans avant JC), découverts en 1962 dans la grotte de Tabon, au nord de l’île de Palawan. Dans cette grotte, située dans une falaise face à la mer de Chine méridionale, on a retrouvé un crâne fossilisé, d’autres ossements humains et animaux et des outils en pierre taillée par éclat. Les Négritos auraient donc succédés à ce groupe avant d’être chassés vers les montagnes par les migrateurs indonésiens puis malaises.Jusque vers l’an 1000 de notre ère, les Philippines possédaient une population organisée en tribus dispersées dans de petits villages isolés ou vivant une existence semi-nomade. Culture du riz, chasse, pêche leur permettaient de subsister.A partir de l’an 1000, les contacts avec le monde extérieur se multiplièrent, avec notamment l’arrivée de plus en plus fréquente de marchand chinois, indiens, arabes et indonésiens qui troquaient céramiques, textiles, métaux,... contre des perles, du corail, de l’or, du riz et du poisson séché. Jusqu’au XIVème siècle, les Philippines sont passées sous la domination de divers peuples : Chinois, Indonésiens, Malais...

Quatre siècles de colonisation

Le 16 mars 1521, Ferdinand Magellan, à la recherche d’une nouvelle route vers l’Amérique, aborda l’île de Samar, puis celle de Cebu. Sur l’île de Mactan les tribus conduites par un chef de Lapu Lapu lui opposèrent une vive résistance. Au cours d’un accrochage, Magellan et bon nombre de ses compagnons furent tués. Cebu se souleva à son tour, et des cinq galions qui composaient l’expédition, un seul parvint à regagner l’Espagne.Après trois autres expéditions infructueuses (Loaisa, 1525-1527, Saavedra, 1527-1529 et Villalobos, 1542-1546), Miguel de Legazpi, parti du Mexique espagnol, débarqua le 13 février 1565 à Cebu et proclama la suzeraineté de l’Espagne sur les Philippines baptisées ainsi en l’honneur de Philippe II. Maître des Visayas, il se lança à la conquête du Luzon où il se heurta aux musulmans sur le site de Manille. A leur première tentative, les Espagnols détruisirent le fort de Maynilad (commandé par le rajah Sulayman) à l’embouchure de la Pasig, mais ne parvint pas à s’emparer de la position. Legazpi renouvela son assaut avec succès l’année suivante et, le 24 juin 1571, il fonda la cité de Manille.

L’argent mexicain et la soie chinoise.

Dispersés, sans unité militaire, les Philippins ne purent contenir l’avance espagnole, et seuls les sultanats musulmans du Sud lui résisteront jusqu’au XIXème siècle.A peine installés, les Espagnols durent faire face à la menace des Portugais en 1566 et des pirates chinois en 1574, puis ce furent les Hollandais en 1646. La prise de Manille par les troupes britaniques, en 1762, et son occupation jusqu’en 1764 ne furent qu’un épisode de la guerre de Sept Ans.En dépit de ces menaces, Manille devint le centre d’un commerce florissant entre la Chine et le Mexique. Les Chinois, dont une très importante communauté habitait, au XVIème siècle, le quartier du Parian, à l’extérieur d’Intramuros (le centre fortifié), importaient aux Philippines porcelaines, soieries, laques, émaux, peintures, mobilier et de nombreux autres produit d’Extrême-Orient, qui étaient ensuite réexportés vers Acapulco, au Mexique, où ils étaient échangés contre des cargaisons d’argent. Les galions de Manille faisaient le voyage une fois l’an, partant vers l’est, traversant le Pacifique et revenant par l’ouest. Ces échanges, de plusieurs millions de pesos chaque année, se poursuivirent jusqu’en 1813. Le déclin de cette route maritime devait ouvrir Manille, devenu port franc en 1837, au commmerce international, et permettre la mise en valeur de l’archipel, jusqu’alors négliigé au profit des échanges avec le Mexique.

La naissance du nationalisme.

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A la fin du XVIIIème siècle, les gouverneurs espagnols mirent en oeuvre des réformes économiques. Ces mesures visaient surtout à mettre en valeur les richesses naturelles du pays : exploitation des mines d’or, d’étain et de cuivre et introduction de la culture du coton, de l’indigo, de la canne à sucre, du tabac (un monopole du tabac fut établit en 1782) et du chanvre.Sur le plan politique, la participation des Philippins aux affaires du gouvernement, bien qu’un peu plus importante, restait trop insuffisante pour ne pas engendrer un mécontentement croissant. Le XVIIIème siècle fut marqué par des révoltes sporadiques liée aux exactions et aux abus de la classe dirigeante espagnol. Cependant, le mouvement nationaliste ne se forma qu’avec l’émergence d’une classe bourgeoise d’origine métisse (souvent éduqué en Europe) qui aspirait un jouer un rôle politique à la mesure de sa puissance économique, mais se voyait rejetée par la communauté espagnole. A la suite d’une mutinerie à Cavite (en 1872), les Espagnols firent garrotter les insurgés parmi lesquels trois prêtres, les pères Burgos, Gomez et Zamora, premiers martyrs de la cause nationale. Cet évènement donna un nouvel élan au mouvement pour l’indépendance : fondation en 1888 du journal La Solidaridad, à Barcelone, par des étudiants et des exilés, et de l’organisation La Sociedad Hispano-Filipina. Il trouva ses premiers théoriciens dont le plus célèbre fit sans doute l’écrivain José Rizal (1862-1896). Ce métisse cultivé qui avait voyagé en Europe et publié deux romans patriotiques, Noli me tangere (1886) et El Filibusterismo (1891), fonda en 1892 la Liga filipina, en même temps que naissait l’organisation nationaliste secrète, le Katipunan ("Société des fils du peuple"), fondée par son ami Andrés Bonifacio. Exilé et emprisonné, Rizal fut fusillé à la suite l’insurrection armée d’août 1896, lancée par le Katipunan.Bonifacio, trop radical fut suplanté par son rival Emilio Aguinaldo et exécuté en mai 1897. La guerilla se propageait lorsque, en décembre 1897, le général Primo de Rivera signa à Biac-na-bato (sur l’île de Luzon) un accord de cessez-le-feu avec Aguinaldo qui, en contre partie, reçu une indemnité et fut autorisé à émigrer à Hong-Kong avec ses participant. De Rivera pensait ainsi pouvoir reprendre le pays en main, et Aguinaldo financer la révolution de l’extérieur.

La période américaine.

La guerre qui éclata entre l’Espagne et les Etat-Unis le 25 février 1898, à propos de Cuba, marqua un nouveau tournant dans l’histoire des Philippines. Aguinaldo négocia son soutien à l’Amérique contre l’indépendance des Philippines. L’amiral Dewey détruisit la flotte espagnole le 1er mai 1898 et pris Manille avec l’aide des insurgés en août, tandis qu’Aguinaldo proclamait l’indépendance le 12 juin 1898 à Malolos. Mais, les Etats-Unis annexèrent les Philippines par le traité de Paris (le 10 décembre 1898), ainsi que Porto Rico et Guam, contre une indemnité de 20 millions de dollars à l’Espagne. Aguinaldo tenta d’organiser la résistance mais, capturé en mars 1901, il dut jurer allégeance. Les Etats-Unis instaurèrent une sorte de colonialisme libéral. Ils dotèrent les Philippines d’un système représentatif (le Philippines Bill de 1902 institua une assemblée nationale éludée en 1907), créèrent une infrastructure administrative provinciale et municipale, firent de l’anglais la langue officielle d’enseignement, développèrent l’économie, rachetèrent les domaines du clergé pour les rendre à l’agriculture. L’exécutif civil et militaire resta cependant entre les mains des Américains.Un partie national légal, avec pour chefs de file Manuel Quezon, Rafael Palma et Sergio Osmeña, remporta les élections législatives et obtint (en 1916) du congrès américain le vote de la loi Jones (Philippines Autonomy Act) qui élargissait l’autonomie des Philippines, et admit le principe d’indépendance que la maturité politique du pays serait établie. Le gouverneur en place, Arrison, encouragea la "Philippinisation" des administrations : Quezon devint président du sénat. Entre 1920 et 1930, l’irrésistible désir d’indépendance conduisit les Etats-Unis à arrêter en 1934 (la loi Tydings-McDuffie) une période transitoire de dix ans avant l’accès à l’indépendance de l’archipel, devenu "Commonwealth des Philippines". Une convention, chargée d’élaborer une constitution inspirée de la démocratie américaine (président élu au suffrage universel pour quatre ans, Congrès composé de deux chambres, Cour suprême) fut élue. En 1935, Quezon devint président et Osmena, vice-président.

L’indépendance et la République.

Le 8 décembre 1941, les Japonais débarquèrent aux Philippines et forcèrent Quezon et le général Douglas McArthur à quitter l’’archipel à l’issue de terribles combat dans la péninsule de Bataan et du siège acharné de l’île de Corregidor. C’est en quittant l’île le 6 mai 1942 que le général McArthur prononça sa fameuse promesse "je reviendrai".L’occupation prit fin avec le débarquement américain, le 20 octobre 1944, à Leyte. Un nouveau président Manuel Roxas, soutenu par McArthur, fut élu le 23 février 1946, l’emportant sur Osmeña. Les Philippines accédèrent à l’indépendance le 4 juillet 1946. Les Etats-Unis conservaient toutefois des privilèges commerciaux (la loi Bell définit un cadre de libre échange) ; de plus, citoyens américains et Philippins étaient égaux devant la loi philippine. En outre, en contre partie d’une aide militaire, ils obtinrent la cession de 23 bases militaires pour une durée de 99 ans. Les Philippins virent dans ces mesures une ingérence masquée et une tentative de manipulation de la politique de leur pays. Roxas, confronté à une tache de reconstruction gigantesque dans un pays dont l’industrie et l’économie étaient ruinées, avait impérativement besoin de l’aide américaine pour redresser la situation. Décédé en 1948, Roxas fut remplacé par Alpidio Quirino qui, outre la dégradation de la situation économique, se heurta à une corruption croissante au sein de l’administration. Les gouvernements successifs rencontrèrent les même difficultés auxquelles vinrent s’ajouter une recrudescence de la criminalité. La guerrilla communiste née sous l’occupation japonaise qui dans les années 1960 passa dans l’orbite chinoise et le mouvement séparatiste musulman.

Les années Marcos.

En 1965, Ferdinand Marcos, candidat des nationalistes, battit Macapagal aux élections. Son premier mandat fut marqué par des succès intérieurs, la production agricole et industrielle augmentèrent, malgré une politique extérieure moins adroite, notamment à l’égard de la Malaisie (revendication de Sabah au nord de Bornéo, 1968). Il fut réélu en 1969. Les difficultés économiques l’amenèrent cependant à se rapprocher des Etats-Unis (engagement au Vietnam). Sa politique pro-américaine lui valut l’inimitié de la gauche et des étudiants, et l’appauvrissement de la population paysanne favorisa la progression du parti communiste pro-chinois, qui s’était doté d’une organisation militaire, le NPA (New People’s Army).A la suite d’une scission vite matée au sein de son propre parti, Marcos proclama la loi martiale en 1972 et fit arrêter les principaux opposant libéraux dont leur chef, Benigno Aquino. Il décida de substituer au système présidentiel un régime parlementaire (17 janvier 1973), mais dans l’intervalle, aucun délai n’étant fixé, il cumula tous les pouvoirs et gouverna par décrets afin d’instaurer sa "nouvelle société". Ce programme économique visant à attirer les capitaux étranger par des exonérations d’impôt et des investissements d’infrastructure. Corruption, récession internationale et endettement amenèrent la débâcle, un appauvrissement général (70% des familles au-dessous du seuil de pauvreté). Seuls les Marcos, dont la fortune était estimée à 10 milliards de dollars, continuait à s’enrichir. A ce sombre tableau, il faut ajouter les brutalité d’un Etat usant volontiers de l’emprisonnement arbitraire, de la torture et de l’assassinat.

Le retour à la démocratie.

Le 21 août 1983, l’assassinat de Benigno Aquino mit le feu au poudre et provoqua une grande campagne antigouvernementale, qui vit émerger un nouveau leader, Corazon Aquino veuve de l’opposant. Les élections législative de 1984 marquèrent la progression de l’opposition par rapport au parti du gouvernement. En février 1986, Corazon Aquino, avec comme vice-président Salvador Laurel, chef de l’UNIDO (qui rassemblait 22 partis de l’opposition) remporta les élections présidentielles. Marcos, abandonné par ses principaux ministres et les Etats-Unis fut alors contraint de s’exiler à Hawaii.Très populaire, Corzon Aquino n’en fut pas moins confrontée à des difficultés presque insurmontables. En effet, la démocratie rétablie, les problèmes restaient entiers : pouvoir, richesse et privilèges demeuraient entre les mains de quelques clans, les soulèvements musulmans et communistes se poursuivaient, et les tentatives de coup d’état sapaient les bases de son régime. Malgré une forte croissance économique (6% en 1987 et 1988), la grande majorité de la population continue à vivre au-dessous du seuil de pauvreté. La dette extérieure du pays reste extravagante et les réformes agraires tant attendues restent des projets.En 1992, comme elle l’avait annoncé, Cory Aquino ne s’est pas représentée aux élections et a accordé son soutien à son ancien ministre de la défense, le général Fidel Ramos, élu le 11 mai 1992 mais avec moins d’un quart des suffrages. Devant lui la tâche a été immense : mettre un terme aux guérillas musulmanes et communistes, endiguer le marasme économique, ce que le retrait américain de certaines bases militaires et la réduction de moitié du programme d’assistance qui en découle n’ont pas facilité. Pour ce faire il n’a disposé que de très peu d’atout : la confiance des Américains et une légère amélioration de la situation financière du pays. Ses principales faiblesses tenaient à la fragilité de son régime qui ébranlaient la confiance des principaux investisseurs étrangers (Taiwan et le Japon) dont les hésitations privaient l’économie philippines des capitaux nécessaires à sa relance ; à l’insuffisance des infrastructures et des équipements industriels capables d’accueillir des investissements à long terme ; aux problèmes sociaux et administratifs (inefficacité, corruption) chroniques que connaît toujours le pays.

Ce texte a été tiré du "Grand Guide Des Philippines" édité par Gallimard.


Publié le lundi 5 avril 1999, par Eric Cuziat

 


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