Écrire | Se connecter

Accueil / Voyages / De la Thaïlande à l’Inde... / L’Indonésie - Java - d’ouest en est

 

L'Indonésie - Java - d'ouest en est

La traversée de Java de Jakarta au Cemoro Lawang, en visitant un nombre de sites naturels et / ou prestigieux à couper le souffle, tels que le plateua de Dieng, Jogya et à proximité Borobodour et Prambanan, Solo, Bromo,...


Personnellement, la visite de ce pays nous a remplit de sentiments partagés. Nous ne manifestions aucune tristesse à le quitter. Pourtant, nous ne regrettions pas davantage de l’avoir visité. Il est incontestablement le plus beau que nous ayons visité dans notre voyage que ce soit pour la beauté de ses volcans toujours en activité, pour la richesse de ses terres et l’exploit humain à les cultiver, pour l’existence d’imposants sites religieux, pour la conservation et le respect de ses traditions. Aussi, il faut bien le reconnaître, les indonésiens sont des artistes nés. Chaque région témoigne de cette vérité et offre ainsi un attrait supplémentaire, attrait qui d’ailleurs peut justifier à lui seul la visite régionale tant l’art exposé est original et authentique.

Si nous ne manifestions aucune tristesse, c’est sûrement grâce à cette population racoleuse qui fait surface. Les causes : probablement sa pauvreté, l’incompétence du gouvernement en cet instant de crise (l’Indonésie était en crise depuis quatre ans lorsque nous y sommes passés), le comportement des vacanciers consistant à exposer ses dollars sans réaliser l’écart ainsi creusé. Si au fond nous comprenions cette population marginale et l’excusions, nous étions lassés de ses agressions multiples et prenions plaisir à retrouver une Thaïlande, soit superficielle, mais au peuple attentif.

JPEG
JPEG

Le 7 août 2000, Jakarta

Nous arrivons à Jakarta après deux jours de bateau. Nous ne pouvons qu’apprécier aujourd’hui ce mode de transport. Loin du stress lié à la conduite d’un chauffeur de bus, le ferry nous offre suffisamment d’espace et de confort. Ayant élu la seconde classe sur les cinq existantes, nous partageons nos repas avec une classe aisée d’Indonésie dont nous apprécions les apparentes marques d’éducation. Nous nous contenons donc de manger avec nos mains.

Quelques heures avant notre arrivée, le Krakatoa, réputé pour son explosion aux conséquences catastrophiques de 1883, présente une silhouette imposante toujours en expansion. Ses grondements incessants se font entendre, dit-on, quelques fois jusque dans la capitale.

Les rumeurs émises sur Jakarta ne nous avaient guère enchanté (émeutes, attentats,...). C’est avec appréhension que nous arborons le quai, dissimulé sous une masse humaine que nous devons traverser et c’est avec plaisir que nous acceptons les tarifs excessifs des taxis pour le centre de la capitale. Quel bonheur de n’être que spectateur de cette agitation bordèlique !!!

Le 8 août 2000, Jakarta

Finalement, aucune émeute ne nous perturbe. Éliminant nos inquiétudes, nous partons pour le quartier des affaires. Notre chemin s’arrête à la vue d’un centre commercial Carrefour. C’est une joie de s’aventurer dans les allées. Nous sommes émerveillés par la quantité des produits proposés et ne savons lequel choisir pour déjeuner.

Jakarta est une ville polluée, bruyante, surpeuplée qui n’a pas son équivalent dans les autres pays que nous avons traversés. Pourtant, nous sommes agréablement surpris par sa population. De toute part, les gens nous saluent, cherchent à engager une conversation, à nous venir en aide quand ils nous sentent en difficulté. Les démarches qu’ils opèrent, même si elles le sont, ne semblent pas intéressées. Aussi, ils ne manifestent aucun dédain lorsque nous rejetons leur contact, lorsque nous refusons les consommations proposées. Bref, nous devons décidément nous réconcilier avec ce peuple indonésien que nous avons excessivement critiqué.

Dans l’après-midi, nous découvrons le charme du port de Sunda Kelapa : petites ruelles animées, petits commerces, petites habitations,... C’est à se demander si l’influence hollandaise y a effectivement été exercée !!!

Le 9 août 2000, Bogor

JPEG

Bogor, à une heure de train de Jakarta, est connu pour son jardin botanique. Un grand nombre d’espèces végétales sont présentes dans ce parc et font l’objet de recherches approfondies. Pour nous, incultes, ce n’est là qu’un lieu de promenade très bien amenagé. La pluie, dont Bogor est la ville la plus touchée, se manifeste violemment dans la soirée et nous freine dans notre exploration. Toutefois, elle nous offre l’opportunité d’observer quelques scorpions alors sortis de leur tanière, leurs déplacements mécaniques et rectilignes, leur posture d’attaque lorsqu’ils se sentent menacés.

Le 10 août 2000, Bogor

Visite du Taman Safari, à quelques dizaines de kilomètres de Bogor, réputé pour être le plus beau zoo d’Indonésie. C’est pour nous l’occasion d’observer des animaux que nous avions ratés dans la jungle de Sumatra (tigre, ours, hornbill,...), que nous n’aurons pas la possibilité de voir dans d’autres coins du globe (tigre blanc). Nous regretterons la présence d’orangs-outangs, bien tristes dans cet espace clos.

JPEG
JPEG


Note : l’Indonésie est le pays le moins cher que nous ayons traversé à ce jour. Il nous arrive par exemple de dépenser 40FF par jour à deux pour le logement, la nourriture, le transport,... Records battus !!!

Le 11 août 2000, Bandung

JPEG

Une des dernières fonderies de gong du pays se trouve au sud ouest de la ville. Le chemin qui y mène permet de découvrir le charme de la cité, ses ruelles étroites, sa jeune population profitant des attraits de la rivière,... Sur place, l’usine se révèle des plus archaïques. Pas d’électricité, donc pas de lumière, pas de confort dans le travail,... Les traditions ancestrales ont été respectées dans le processus de fabrication. A l’extérieur, à même le passage étroit, certains conçoivent les moules ; à l’intérieur, on fond les matériaux, les trempe dans l’eau froide, etc ; d’autres lissent et polient l’objet fini. Seule la braise apporte suffisamment de luminosité pour que nous puissions observer les différentes étapes. Avec regret, en l’absence d’employé maîtrisant l’anglais, nous resterons dans notre ignorance et seul un bruit "zen" attestera de l’authenticité du produit.

Arrivée dans la soirée à Bandung, après une après-midi de bus à travers une multitude de plantations de thé.

Plusieurs contacts révèlent une population charmante. Et dire que nous pensions que Java était pire que Sumatra ! Nous ne pouvons à ce jour que contredire ces propos ! Dommage que nous soyons trop méfiants. Quoi qu’il en soit, nous resterons plus de jours que prévus dans cette agglomération et profiterons donc du comportement chaleureux de sa population (des fois que ces "humeurs régionales viennent à nouveau à changer dans d’autres endroits !).

Le 12 août 2000, Bandung

JPEG

Jamais, au grand jamais, nous ne donnons notre confiance à un local et qui plus est un guide car les guides dans ce pays semblent pousser comme des champignons. Aussi, sur les conseils d’une française qui n’en n’est pas à son premier voyage en Indonésie et donc à son premier volcan, nous nous engageons pour une journée d’excursion dans les environs de Bandung.

Un premier arrêt nous mène à une usine de soierie où nous pouvons assister au métier à tisser. L’archaïsme que nous avions déjà constaté au Laos est ici aussi de rigueur. La notion d’usine n’intervient que par le nombre d’établis qu’exploitent un nombre similaire d’employés. Ici, l’anonymat remplace l’art traditionnel familial. Quelques leviers supplémentaires par rapport aux "machines" laotiennes permettent d’effectuer un travail régulier, aux motifs constants, sans personnalité ni originalité. La teinture comblera cette lacune (il s’agit d’une teinture de surface à défaut de teindre le fil). L’intérêt primordial de cette visite sera de remarquer l’incroyable méthode d’obtention du fil. A partir d’un cocon de papillon, nous obtenons une bobine de 300 mètres.

JPEG
JPEG

Notre seconde pause nous mène au volcan Papandayan. Pour certains, c’est un des plus spectaculaires non par son aspect ni par son volume imposant mais par son niveau d’activité toujours très intense. Des relevés sismographiques permettent de le surveiller et de décréter les états d’urgence. L’ascension est très aisée. En fait, le cratère est ouvert sur un versant - ouverture engendrée par son explosion en 1772. Résultat, nous y sommes directement amenés. Le singulier n’est d’ailleurs pas adéquat ici car c’est plusieurs cratères que nous pouvons observer. Entre autre, celui d’avant 1772 est bien asséché et l’actuel qui a déjà fait subir ses caprices en début de siècle présente une apparence sulfureuse, des jets de fumée abondants, des lacs de lave bouillonnants. Il nous faut donc faire attention où nous mettons les pieds, la présence du guide est parfois indispensable.

JPEG
JPEG


Ayant quitté le volcan, sur le chemin du retour, nous nous arrêtons au candi Cangkuang, un temple indien, de pierre, datant du VIIIe siècle. La population musulmane remplace à ce jour la présence indienne d’entant. En témoigne la proximité d’un village typique sudanais.

Le 13 août 2000, Bandung

Une règle d’or est en passe d’être confirmée ! Il nous faut faire confiance qu’à notre seul livre quant aux trajets à effectuer. C’est à se demander si les gens connaissent leur pays. De nombreux vas et viens nous permettront d’atteindre notre objectif en deux heures au lieu de vingt minutes. Nous souhaitons assister à un combat de béliers et trouvons à peine l’arène, qui s’apparente d’ailleurs plus à un terrain de pétanque qu’a autre chose, que nous réalisons avoir été induits en erreur. Le combat se déroule tous les quinze jours et nous sommes semble-t-il dans la mauvaise semaine. Tout ça pour ça !

JPEG
JPEG


Nous continuons donc notre chemin. Un nouveau bemo nous mène en dehors des frontières banlieusardes. Des plantations de thé remplacent notre environnement visuel. Un arrêt à Ciater permet de visiter une fabrique de thé, de réaliser le nombre d’étapes nécessaires pour que l’herbe finisse dans nos tasses. Enfin, c’est aussi l’occasion de pénétrer dans les plantations et de constater la prouesse humaine dans son exploitation agricole de la montagne.

Le 14 août 2000, Bandung

Les visites intensives, ces deux derniers jours, des environs de Bandung ne nous ont pas permis de découvrir la ville. Nous resterons donc aujourd’hui encore !

JPEG
JPEG


Entre autre, nous visitons une fabrique de marionnettes Wayang Golek, le charme quartier colonial hollandais, le marché aux fleurs.

Une petite note : les Indonésiens ne sont pas plus des artistes que les autres peuples asiatiques que nous avons croisés, mais ils ont le mérite de savoir l’exposer. C’est tout naturellement que nous sommes ici tentés d’acheter.

Le 15 août 2000, Pagandaran

JPEG

Nous rejoignons Pagandaran par une longue route à travers les surfaces volcaniques. La fertilité des terres est surprenante. Chaque versant est exploité sur toute sa superficie. Les rizières sont un spectacle magnifique. Là encore, nous n’avons pas le souvenir d’avoir constaté pareille exploitation dans d’autres pays.

A Pagandaran, nous avons l’impression d’arriver dans une station de vacances. Dommage que le ramassage des ordures soit, ici aussi, si peu efficace. Petit réjouissance néanmoins, alors que nous errons involontairement au cœur du village, alors qu’une mauvaise lecture du plan et une mauvaise reconnaissance des lieux nous égarent, nous découvrons une authenticité villageoise, un charme architectural typique, non pollué touristiquement parlant.

Le 16 août 2000, Pagandaran

Nous vivons beaucoup plus difficilement la pauvreté de certains qu’ils ne la vivent eux même. Nous mangeons pour la seconde fois dans une bicoque aux abords de la route, après avoir été affectés sentimentalement de voir les propriétaires, un couple parent d’une petite fille, dormir sur ce lieu de travail précaire. De cette seconde visite, nous tirons davantage de reconnaissance.

JPEG
JPEG


Cette pauvreté, nous ne l’apercevons pas pour la première fois. Mais il est bien plus aisé de la vivre dans un environnement pauvre que dans un milieu riche. Il sera donc pour nous bien difficile à l’avenir de constater les apparentes inégalités. Java, puis Bali dans quelques semaines, sont bien plus développées que Sumatra. En témoigne les habitations, les voies de communication modernes,... D’une manière générale, tout semble ici plus organisé. Alors, dans un tel contexte nous ne pouvons rester indifférents face a cette population marginale, dépourvue d’aide sociale, propriétaire de bicoques ou de roulottes précaires en quête d’acheteurs potentiels.

Le 17 août 2000, Pagandaran

Aujourd’hui, c’est jour national. Le 17 Août 1945, l’archipel gagnait son indépendance. Les festivités, dédiées à cette commémoration, sont parmi les plus joyeuses du pays. Depuis quelques temps, à chaque entrée de village, une grande quête était organisée pour ce seul jour de fête.

Pourtant, pour nous aucune gloire n’est apparemment célébrée. Le défilé se termine a 10h00 du matin et, mal informés que nous étions, nous le ratons tout simplement. Dans l’après-midi, des jeux populaires nous passent également sous le nez.

Le 18 août 2000, Dieng

Une très grosse journée de transport nous attend pour rejoindre le plateau de Dieng. Un petit kilomètre à pieds à 6h00 du matin pour se mettre en forme, afin d’atteindre le terminal de bus. Un bus pour Kalipucang pendant une heure. Un ferry pour Cilacap pendant quatre heures. Un bemo pour rejoindre le terminal de bus. Un bus pour Puwokerto. Un autre pour Wonosobo. Une calèche pour rejoindre le terminal nord. Un minibus pour Dieng. ENFIN ! Au total douze heures de trajet. Nous aurions pu faire ce trajet en direct, moyennant un tarif trois fois plus élevé. C’est le prix à payer pour vivre des expériences inoubliables, fuir la morosité des bus touristiques.

Durant cette longue journée, une confrontation avec la population des gares routières n’est pas sans nous remémorer certains souvenirs de Sumatra. Ces gens savent ils seulement que nous savons lire ? Deux raisons à cette question. D’une part, ils aiment à se croire indispensables et nous mènent pressement vers les correspondances appropriées dont la destination est clairement indiquée. D’autre part, c’est sans aucune gène qu’ils nous annoncent des tarifs excessifs alors que ces derniers sont affichés. D’ailleurs, quand ce n’est pas le cas, ils nous majorent systématiquement. Ce n’est pas tant le fait de ce montant dérisoire qui nous dérange. L’impression continuelle d’être pris pour des vaches à lait nous pousse souvent dans un comportement excessif. Heureusement, certains locaux, n’approuvant ces agissements, viennent à notre secours.

Dieng, à deux mille mètres d’altitude, présente un accueil chaleureux. Nous oublions vite nos déboires négociatrices du jour. Le climat se fait beaucoup plus froid. Aussi, nous nous attendons à passer une nuit bien fraîche.

Note : une discussion amicale avec un jeune indonésien, employé par l’État, nous en apprend pas mal sur le mode de vie d’une bonne partie de cette population, du respect approximatif de la religion islamique, du peu d’apport salarial (salaire moyen entre 250 et 300 francs) et de ses conséquences,... Selon les propos de cet ami d’un soir, "les indonésiens vivent pour survivre, alors que nous autres occidentaux vivons pour profiter".

Le 19 août 2000, Dieng

Réveillés de bonne heure ce matin, nous ne pensions pas vivre la fête de l’indépendance, célébrée avec deux jours de décalage, dans ce petit village de montagne, accueillant une population authentiquement charmante. Un cortège de danseurs, de musiciens (tous déguisés), de fanfares, de véhicules montés et décorés défilent sous nos yeux. Tous les jeunes des environs sont les acteurs principaux de ce défilé. Nous sommes ravis de pouvoir y assister.

JPEG
JPEG


Une petite note. Alors que les enfants défilent, répétant méthodiquement leurs mouvements, ils ne manquent pas de nous dire bonjour, de crier "hello" lorsqu’ils nous voient aux abords de la route. Leur devoir de représentation est un cours instant oublié. Nous en sommes amusés, apprécions ces cortèges bon enfant où le sérieux n’est pas le mot d’ordre mais où chacun prend plaisir à s’exercer.

Le défilé terminé, nous partons pour la visite du plateau, dont la richesse est, comme partout ailleurs semble-t-il, assurée par une proximité volcanique. Au programme, nous voyons un lac aux couleurs vert émeraude, accentuées par les dépôts sulfureux, d’anciens temples indiens, un volcan dont le cratère est pour le moins surprenant tant pour son diamètre important, pour sa lave bouillonnante que pour l’épaisse fumée qu’il dégage.

JPEG
JPEG


De retour au village, nous nous reposons, observons les jeux populaires et reprenons la route pour Jogya. Six heures nous sont nécessaires.

Le 20 août 2000, Jogyakarta

Jogya est connu pour être le foyer culturel de Java. Pourtant, ce matin, nous n’en pressentons pas toute la portée, sortons à peine du quartier où nous logeons. Nous nous pavanons à travers les petites ruelles, piétonnes par obligation compte tenu de leur étroitesse, dont la disposition pourrait parfois nous pousser à nous égarer.

La notion de foyer culturel prend tout son sens lorsque nous tombons, sans même l’avoir cherché, sur un orchestre de gamelan - les instruments employés sont essentiellement des gong et des percussions. Quelques danseurs habillés de tissus luxueux, pratiquent leur art sous le rythme lent de la musique. Le tout fait penser à une transe, que se soit pour le rythme mécanique et le son émis que le lent mouvement des danseurs.

JPEG
JPEG


Dans la soirée, nous assistons à un spectacle de Wayang Kulit, autrement dit à un théâtre d’ombre. Conçue pour les touristes, la salle permet tout autant de visionner le "film", les ombres sur le voile s’animer, que d’observer le travail des artistes, des instrumentalistes, des chœurs et surtout du chef d’orchestre, qu’incarne l’auteur des ombres et des voix.

Le 21 août 2000, Jogyakarta

Ce matin, nous traversons la ville du nord au sud. Dans l’ordre de traversée : les "puces", "l’avenue des Champs Elysées", le kraton que nous laissons et dont nous privilégierons la visite ultérieurement, l’ancien quartier musulman et ses boutiques de batiks. De cette virée,`nous n’exprimerons qu’un seul regret, celui d’être constamment sollicités par les becaks (pousse-pousse indonésiens), leur objectif n’étant pas seulement d’effectuer une course mais de nous promener de boutiques en boutiques afin d’y percevoir une commission. Comme à l’habitude avec les indonésiens, nous perdons notre sang-froid pour que ces derniers nous oublient. Nous n’apprécions pas vraiment nos comportements excessifs mais ne trouvons pas d’autres choix. Nous préférons conserver la liberté de nos cessions shopping. D’ailleurs, afin de la préserver, nous devons veiller à chacune de nos entrées dans un magasin, qu’aucun becak ne nous suive ou fasse mine de nous y avoir déposé.

JPEG
JPEG


Nous atteignons le marché aux oiseaux, riche de ses nombreuses sonorités. En fait, nous pouvons même y entrevoir d’autres espèces animales (serpents, varans, chauves-souris,...) ainsi que divers insectes.

La présence dans le marché de guides, autre sorte de racoleur, annonce la proximité du château d’eau, lieu de plaisir d’anciens sultans.

Espérant y assister au coucher de soleil, nous partons dans l’après-midi pour le temple de Borobudur. Celui-ci se présente spectaculaire : une colline de pierre dont le socle carré atteint 118 mètres de côté, une structure massive pyramidale, sans aucune salle ni trône, vouée à tout un peuple et non au seul service d’une supériorité hiérarchique.

Le monument dans son ensemble fut conçu comme une représentation de l’univers selon la cosmologie bouddhiste. On distingue trois niveaux durant son ascension. Les bas-reliefs du premier représentent le monde matériel dans lequel l’homme est dominé par ses passions, ses désirs et la souffrance que ceux-ci entraînent. Au second niveau, l’homme a renoncé à ses désirs mais garde nom et apparence. Les divinités se font plus présentes sur chaque relief. Enfin, au dernier niveau, il est libéré de tout lien avec le monde. Plus aucun relief enseignant n’est ici nécessaire (puisque ces reliefs ont hypothétiquement une vocation enseignante). Il atteint le nirvana et se fond dans le "néant éternel". Pour nous, c’est plus simplement un endroit merveilleux pour admirer le coucher de soleil !

Le 22 août 2000, Jogyakarta

JPEG

Nous avions prévu de voir le lever de soleil sur Borobudur. Tout aurait été possible si le parc ouvrait ses portes à l’heure adéquate. Dans de telles conditions, la corruption fait rage et le personnel de sécurité, bien arrosé, s’occupe de combler ce manque. C’est là semble-t-il, la conséquence d’une pauvreté, d’une fainéantise associée à l’absence d’aide sociale de la part d’un gouvernement récemment plongé dans une démocratie et souffrant d’instabilités politiques. Quoiqu’il en soit, ayant déjà payé le prix pour visiter le temple la veille, nous ne souhaitons pas nous acquitter de droits supplémentaire et en oublions le lever.

JPEG

Il faut dire que le prix imposé aux touristes par le gouvernement est aberrant puisque vingt fois supérieur à celui exigé des indonésiens. Le problème à ce genre de situation n’est pas tant la forte dépense que nous devons engager mais plutôt la différence que le gouvernement continue de creuser. Aussi, les locaux essaient, à juste titre, de tirer le maximum des produits qu’ils vendent. Et nous, exaspérés d’avoir payé si cher, ne pouvons que leur en vouloir d’adopter une telle conduite, et refusons tout supplément, toute différence tarifaire. Malheureusement, c’est le dernier maillon de la chaîne qui trinque.

Nous pénétrons, malgré tout, à la première heure ce matin dans le parc, bénéficiant d’une dérogation spéciale et ayant droit d’utiliser les tickets de la veille afin de finir la visite abrégée du jour précédent.

La pauvreté dans Borobudur, à l’image de Pagandaran, consiste en roulottes précaires faisant figure de magasins comme d’habitations. Le nombre de toilettes et de douches publiques attestent le présence de cette population en quête de travail facile, des illusions plein les yeux véhiculées par la masse touristique en visite dans le lieu.

Le retour dans Jogya révèle une pauvreté plus dure probablement. Les conducteurs de becaks, par exemple, nous ennuient tant le jour, que nous en oublions presque qu’ils dorment dans leur véhicule. Ils sont dans une situation semblable à celle d’un grand nombre où chacun se débrouille à dormir chez le voisin, dans la rue quand ils ne le peuvent pas. Dans ce dernier cas, les outils de travail (stands, becaks,...) leur servent de toit, de couverture sociale. Nous les pensons en train de travailler. Quiconque ne veut pas ouvrir les yeux peut passer outre ces détails.

Le 23 août 2000, Jogyakarta

Visite du kraton, le palais du sultan X. Le visite du palais est guidée dans la langue de son choix, ceci, nous pensons, afin d’éviter les guides - becaks - racoleurs priés d’attendre à l’extérieur. Pour nous, c’est un plaisir, un luxe que de pouvoir obtenir des information sans même craindre une quelconque entourloupe. Outre le fait de considérer la façon de vivre, les mœurs et coutumes, les objets du sultans, c’est pour nous l’opportunité d’en apprendre davantage sur la vie politique de l’après seconde guerre mondiale.

La Wayang Kulit. Cette marionnette typique de l’art javanais, que nous ne trouvions pas à notre goût il y a peu, est en passe de devenir notre bien privilégié. Nous passons l’après-midi à visiter les fabriques et tombons amoureux de cet art, que ce soit celui de confectionner l’objet ou celui de l’utiliser.

JPEG
JPEG


Le buffle est l’unique animal exploité pour l’élaboration de la marionnette : sa peau pour toile de fond, ce qui lui confère une certaine souplesse, ses os pour joindre les membres au corps et permettre ainsi de l’articuler et enfin, ses cornes pour concevoir les baguettes nécessaires à son animation.

Seule petite anicroche dans notre volonté d’achat : les cars de touristes ! Pour la plupart, ils arrivent dans l’atelier, nourrissent leur yeux du même spectacle, négocient de 5 a 15% du prix, repartent contents, certains d’avoir réalisés une bonne affaire et c’est le cas, il faut l’avouer quand on compare les prix européens. Mais dans le pays, une évidence se manifeste. Ils cassent le marché. Nous avons en effet beaucoup de mal à négocier la moitié voir le tiers du prix initial après leur passage.

Heureusement pour nous, nous détenons la carte du temps, le temps d’observer, le temps de comparer, le temps de revenir.

Le 24 août 2000, Prambanan

Les achats confirment une certitude. Les indonésiens sont à la recherche d’argent rapide et facile. Aussi, il suffit de leur faire miroiter certaines sommes, tout en jouant la carte de l’indifférence à l’égard de l’objet désiré, pour que ceux-ci s’empressent d’apprécier notre offre sans même réaliser, ou alors avec retard, qu’ils ont mal jugé leur vente.

Nous partons cette après-midi pour Prambanan, a 17 kilomètres de Jogya, intéressés par la multitude d’anciens temples hindou datant du IXe siècle (cinquante ans après Borobudur). C’est pour nous l’occasion d’assister à un ballet, riche de plus d’une centaine d’acteurs si on considère les instrumentalistes, contant une mythologie qui nous dépasse encore quelque peu, celle du royaume de Ramanaya. Le spectacle de Wayang Kulit que nous avions visionné il y a quelques jours en narrait d’ailleurs une scène.

Le 25 août 2000, Solo

Prambanan n’est pas seulement une ville, c’est une plaine détenant une richesse culturelle religieuse quasi-incomparable en Indonésie. Elle ne dispose pas moins de huit ensembles hindo-bouddhiques. En ce qui nous concerne, une exploration du site nous en dévoile trois.

JPEG
JPEG


Un premier, qui fait la fierté de Prambanan, présente une appartenance hindouiste où Shiva est au centre d’intérêt avec un temple massivement plus important que ses homologues. Ce complexe vient rivaliser avec un autre plus ancien, religieusement bouddhiste, le candi Sewu. Ce dernier nous charmera davantage du fait d’une restauration moins intense, une apparence plus sauvage où les ruines se font plus présentes et les allées pavées absentes. Initialement, les deux complexes précités ne présentaient pas moins de deux cent temples ou sanctuaires. A deux bons kilomètres de là, la traversée de rizières nous mène au candi Plaosan qui a adopté les deux influences religieuses.

Départ pour Solo en fin d’après-midi. Le manque d’infrastructure touristique sérieuse dans les gares routières, associée à notre manque de confiance dans les renseignements que nous fournissent les becaks nous pousse dans des marches éprouvantes. L’Indonésie devrait incontestablement prendre exemple sur la Thaïlande.

Le 26 août 2000, Solo

Solo n’est pas, pour proprement parler, et à première vue, une ville particulièrement marquante. Il faut dire que Jogya nous a énormément plu que ce soit pour l’animation et le charme de ses différents quartiers, pour la richesse de ses alentours ou pour l’approche culturelle disponible. Une marche dans Solo ne dévoile pas tant d’attraits.

Toutefois, de bons repas et un bon logement suffisent à combler nos joies. Nous nous sentons l’âme à goûter tout un tas de mets tant la diversité culinaire semble ici appréciable mais éprouvons néanmoins une petite déception face à la difficulté de trouver des pommes dont Solo est nationalement réputé.

A noter, les mendiants sont ou semblent ici en plus grand nombre que partout ailleurs. Guitaristes, chanteurs et autres quand ils n’ont aucun don musical, exposant explicitement leurs malformations physiques quand ils ont la "chance" d’en détenir, viennent sans cesse solliciter nos bourses. Nous finissons par en oublier leurs prestations. Quant aux commerçants, ils sont dans l’obligation morale de verser quelques dividendes pour que les concernés abandonnent les lieux. La mendicité parait être clairement parfois un travail. En témoigne par exemple une femme qui rentre dans un magasin et en ressort aussi vite par une autre porte après avoir touché ses gains et qui semble s’être dégotée une bonne tournée. Nos dons sont dorénavant aléatoires et nos sentiments de pitié pratiquement disparus.

Le soir, nous assistons à un spectacle de Wayang Orang. Il s’agit d’une pièce de théâtre où les personnages arborent des tenues vestimentaires proches de celles des fameuses marionnettes kulit ou klitik.

Le 28 août 2000, Solo

JPEG
JPEG

Nous nous échappons aujourd’hui de la ville de Solo, accompagnés d’un guide dont nous avons loué les services. Nous plongeons dans la campagne environnante pour découvrir l’artisanat de cette région. Dans l’ordre de visite, traversant des rizières verdoyantes pour atteindre divers villages, nous découvrons une usine de batiks où des chaînes, dont neuf mille employés sont les robots, conservent la méthode traditionnelle d’élaboration, une fabrique de gamelan - nous n’en sommes pas à la première mais celle-ci est guidée - où nous apprenons comment on part d’étain et de cuivre brut pour en arriver à l’instrument, une autre de tofu que nous n’aimons pas vraiment mais dont la conception est intéressante, une autre d’arak, alcool local fort et enfin une fabrique de beignets dont le produit fini a plutôt bon goût mais ou l’hygiène présente des failles, trop de failles. Chaque village a ses spécialités et chacun de ses habitants exerce la même activité.

JPEG
JPEG

Le 29 août 2000, Cemoro Lawang

JPEG

Une journée de transport nous est à accomplir afin de se rendre à Cemoro Lawang, un poste avancé du parc national de Tenger ou le volcan Bromo joue un rôle primordial dans l’afflux touristique.

Toujours cette même rengaine, cette même lassitude face à ce comportement voleur de cette population indonésienne qui ne cesse de vouloir nous faire payer plus cher. C’est une bataille perpétuelle que nous engageons afin de payer le juste prix. Tout cela reste fatigant.

Cette population est tantôt adorable, tantôt détestable. Dommage que les seconds viennent entâcher le plaisir que l’on pourrait éprouver à discuter avec les premiers.

Nous arrivons sur Bromo dans la nuit et éprouvons la même sensation que Dieng. Nous ne savons quel décor nourrira nos yeux au prochain lever de soleil.

Note : nous sommes français et rien peut y changer. Nous sommes les premiers à gueuler dès que l’occasion se présente. Aussi, les tarifications qui nous sont imposées renforcent notre tendance à manifester notre mécontentement. Si jusque là, cette tendance a permis de restreindre les différences tarifaires à zéro, ce soir, elle a failli nous coûter cher, le dernier bemo refusant tout simplement de nous déposer. Autant dire que des Allemands qui nous accompagnaient auraient pu perdre patience, eux, qui n’hésitent pas à payer le maximum.

Le 30 août 2000, Cemoro Lawang

JPEG
JPEG

Ce matin, réveil forcé aux premières heures. Nous partons pour le lever de soleil sur le site de Bromo. Une longue marche mène à un point de vue, à altitude raisonnable. 5h30, le spectacle commence ! Les rayons de soleil percent la légère brume et dévoilent un massif d’une dizaine de volcans. Parmi eux, deux sont remarquables. Le mont Bromo, bien sûr, dont la couleur rappelle un sol lunaire et dont l’émanation de gaz réchauffe l’atmosphère et contribue ainsi à l’évacuation de la brume. De cette conséquence, une mer de sable se présente à nous, laissant comme nous l’avons lu, un souvenir impérissable. Au loin, surplombe le mont Semeru, le volcan le plus actif de Java, dont les jets de fumée ne sont pas constants renforcent par la même la notion d’activité.

Retour aux abords du parc. Nous descendons dans la mer de sable. Petite impression de solitude, alors que nous la traversons, face à ce sol désolé. Nos lectures nous avaient rapporté que Bromo, si ce n’est son apparence lunaire, n’avait rien d’exceptionnel. Il faut franchement le dire vite. Durant son ascension, nous constatons la fragilité de la pierre volcanique qu’une simple pression de l’index suffit à briser. Et ce constat n’est rien à côté de ce que nous voyons au sommet du cratère. D’accord, ici, il n’y a pas de lave bouillonnante, peu de dépôt sulfureux, juste une immense faille dans un cratère que nous ne pouvons atteindre tant la paroi abrupte semble impraticable (il faudrait être fou ou connaisseur pour l’arpenter).

En fin d’après-midi, nous rejoignons Probolingo, où un bus pour Bali nous attend. Nous nous sommes d’ailleurs tant précipités pour sa réservation que, connaissant les indonésiens roublards, nous angoissons quant à la suite des prestations qui vont nous être offertes. Le bus arrive, nous ne pouvons que nous en vouloir du jugement hâtif que nous avons porté. Non seulement le bus est là, les places reservées, mais il est remarquablement confortable. Nous voyagerons cette nuit, une nouvelle fois, avec une clientèle indonésienne aisée.


La suite : L’Indonésie - Bali et Lombok


Publié le mercredi 30 août 2000, par Eric Cuziat

 


RSS 2.0 | Crédits : Spip - Mootools
{(#TITRE|supprimer_numero|strtolower|strtr{àâäáîïíôöóùûüéèêëçñ,aaaaiiiooouuueeeecn_}|replace{[^a-z0-9_:~\\\/\-],_})}
 

X

 

X

Contact

Contributeurs

Contacter le gestionnaire du site


Envoyer un message
Envoyer un message